La question migratoire en France : quelques lumières venues d’Amérique
Intervention d'Aquilino Morelle, auteur, ces dernières années, de plusieurs essais publiés chez Grasset dont, tout récemment, La France au miroir de l’Amérique : quand les progressistes font triompher le populisme, lors du colloque "La question migratoire aujourd'hui" du mardi 24 février 2026.
Merci beaucoup, Madame la présidente, de votre invitation.
Je salue affectueusement et respectueusement Jean-Pierre Chevènement qui nous écoute.
Je voudrais traiter de la France et de la question migratoire de façon indirecte, en faisant un détour par les États-Unis d’Amérique, en vous présentant quelques enseignements aussi roboratifs que trop souvent méconnus que nous offre ce pays, permettant d’éclairer notre situation nationale, avant de conclure par un propos plus politique sur la situation de la gauche française -ou plutôt des gauches françaises.
Quand on évoque l’immigration aux États-Unis, la cause paraît entendue : vient alors à l’esprit l’image de ces millions d’Européens débarquant à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle à Ellis Island, au pied de la Statue de la Liberté. Nous revient également en mémoire le propos de Raymond Aron qui caractérisa les États-Unis comme « une société de migrants ». De fait, on est passé de 4 millions d’Américains en 1790 à 280 millions en 2000 et 350 millions aujourd’hui. Cette véritable explosion démographique, sans précédent, inédite, correspond non à une natalité particulièrement forte, mais à un solde migratoire lui-même unique : ce pays est passé d’un petit noyau de Blancs ethniquement et culturellement homogène – les « white anglo-saxon protestants,WASP » – à une société multiraciale, multiethnique, multiconfessionnelle, celle du melting pot, selon l’image créée pour qualifier les États-Unis, qui donne à penser que les métaux humains introduits dans ce « creuset » se seraient fondus harmonieusement pour créer un alliage nouveau.
En réalité ce n’est pas ainsi que les choses se sont passées. La trajectoire démographique qui a conduit de 4 millions d’Américains en 1790 à 350 millions aujourd’hui recouvre une réalité politique, historique et sociétale très différente et renvoie à des phases dans la politique migratoire américaine qui sont
elles-mêmes très contrastées.
Revenons à cette époque considérée par certains comme un « âge d’or » migratoire, le début du XXe siècle : 5 millions d’Américains en 1800, 75 millions en 1900 et 105 millions en 1920. Cette première expansion démographique, très forte, a provoqué aux États-Unis – on l’ignore le plus souvent – une réaction particulièrement virulente. En effet, dans un pays régi par ce que les Américains appellent la one-drop rule, la loi de la goutte de sang unique (qui veut que toute personne ayant une seule goutte de sang noir est un Noir à part entière, cette considération valant également pour toutes les autres races et ethnies : la première législation qui fut introduite aux États-Unis, en 1882, le Chinese Exclusion Act, bannissait les Chinois, leur interdisant l’entrée sur le sol américain), cette règle a entraîné lors de cette première phase migratoire, des réactions de rejet extrêmement puissantes. Ainsi, face à l’inquiétude qui avait alors crû considérablement, la Dillingham Commission (du nom du sénateur William P. Dillingham)a fourni un travail considérable pour aboutir à des conclusions en 1911 et à un best-seller : « The passing of the great race » (La disparition de la grande race, Madison Grant, 1916). Cet ouvrage soutenait que le fond ethnique de l’Amérique serait complètement transformé si on laissait l’immigration se produire de manière incontrôlée. Ce rappel historique montre que ce que nous appelons, en France, après les livres de Jean Raspail et de Renaud Camus, le « Grand remplacement », a vu le jour aux États-Unis un siècle plus tôt. Cela avait justifié qu’à l’époque le grand André Siegfried appelât dans son livre sur les États-Unis en 1927[1] la menace qui était ainsi ressentie « une conquête par le dedans » – notion très proche on le mesure, du « Grand remplacement ». Cette inquiétude s’est vue prolongée par l’édiction d’une législation extrêmement stricte, l’Immigration Act (aussi appelé loi Johnson-Reed), promulgué le 26 mai 1924 par le président Calvin Coolidge qui, pour limiter l’immigration, instaura la loi des quotas, une discrimination quant à l’entrée sur le sol américain, interdisant aux Européens autres que ceux (Anglo-saxons, Irlandais, Allemands, Anglais) qui avaient émigré dans un premier temps, de pénétrer sur le sol américain. Cette législation extrêmement rigoureuse adoptée en 1924, illustrant cette crainte, à l’époque très vivace, de la dilution de l’identité culturelle et ethnique des États-Unis, est restée en vigueur pendant quarante ans, jusqu’en 1964, avec une efficacité indéniable : alors qu’en 1860 la proportion d’Américains d’origine blanche dans la population américaine était de 86 %, en 1960, un siècle plus tard, elle atteignait 89 %. Elle avait donc légèrement crû.
Il aura fallu attendre l’arrivée au pouvoir de Lyndon Johnson, à la suite de la mort de Kennedy, pour que de grandes lois mettent un terme au régime d’apartheid instauré par les « lois Jim Crow » (résumé par la formule « separate but equal », égaux mais séparés). En même temps, Johnson introduisit en 1965 une nouvelle législation très favorable à l’immigration qui mit fin au régime des quotas et, disposition essentielle, consacra la possibilité pour les migrants de pratiquer le regroupement familial, donc de faire venir leur famille aux États-Unis. Dès lors, l’immigration aux États-Unis va connaître une nouvelle explosion : le nombre de personnes d’origine étrangère présentes sur le sol américain sera ainsi multiplié par un facteur 4,5 entre 1970 et 2020, passant de 9,6 millions à 44,5 millions cinquante ans plus tard.
Aujourd’hui, 58 % des Américains sont des Blancs non hispaniques, 19,5 % sont hispaniques, 13,7 % sont noirs, 6,4 % sont d’origine asiatique et 1,3 % sont des Amérindiens. Cette situation démographique explique la manière dont s’est noué le débat politique et électoral, lors de la réélection de Donald Trump en novembre 2024 et, peut-être, nous donne la toile de fond de la présidentielle française prévue en 2027.
Pendant les trois premières années du mandat de Joe Biden, entre 2020 et 2023, (la quatrième aura été celle d’une tentative de marche arrière beaucoup trop tardive, donc insuffisante), les États-Unis ont connu la poussée migratoire la plus importante de toute leur histoire, supérieure même à celle du début du XXe siècle. Plus de 8 millions de personnes d’origine étrangère sont entrées aux États-Unis durant ces trois années, 5 millions de manière irrégulière, 3 millions de manière régulière. La proportion de personnes nées à l’étranger dans la population américaine a alors atteint 15,2 %, un acmé tout à fait inédit dépassant le premier pic historique de 14,8 % en 1890. Par ailleurs, un tiers des immigrés en situation régulière étaient d’anciens immigrés clandestins rentrés illégalement dans ce pays. Ce bouleversement démographique, le plus souvent ignoré dans notre pays, a joué un rôle décisif dans la réélection de Trump, en raison du glissement d’une part substantielle du vote latino, traditionnellement démocrate, vers le candidat républicain, glissement provoqué par le laxisme de Joe Biden en matière migratoire et par son déni de la part du camp « progressiste ».
Le laxisme de Biden a constitué historiquement une rupture avec la politique que ses prédécesseurs démocrates avaient suivie. Celle de Bill Clinton, certes ; mais aussi, et surtout – là encore on l’ignore ou on feint de l’ignorer -, celle conduite par Barack Obama, le premier président noir des États-Unis qui, dès son discours d’investiture lors de la convention démocrate en 2008 mit les choses au point : ne parlant pas de « travailleurs sans papiers » mais d’immigrants illégaux, et affirmant sa ferme volonté, pour protéger les travailleurs américains des migrants qui venaient braconner leurs emplois, de mener une politique extrêmement ferme sur ce point. Cet engagement fut tenu : Barack Obama, pendant ses deux mandats, surtout pendant le premier (2008-2012), a ainsi expulsé plus de 2,7 millions d’immigrés clandestins qui se trouvaient sur le sol américain, dont plus de 410 000 pour la seule année 2012, ce qui lui valut d’ailleurs quelques gracieusetés de la part des militants démocrates les plus radicaux, les plus wokistes, qui l’ont alors traité de « déportateur en chef » ou de « vendu ». Nous ne savons pas si Donald Trump parviendra à atteindre un tel résultat. Malgré l’hostilité des activistes de son parti, Obama a maintenu cette politique. Dans le même temps, il a été capable d’accorder des titres de séjour à 800 000 enfants ou adolescents qui étaient venus avec leurs parents (les fameux « dreamers ») et auxquels il a voulu donner leur chance pour qu’ils puissent devenir des Américains dans des conditions normales.
Après ses deux mandats, et sous la responsabilité directe de la candidate Hillary Clinton, le parti démocrate a complètement changé de pied en matière de politique migratoire. Il est devenu un parti favorable à l’immigration. Résultat en 2016 : Hillary Clinton, l’icône démocrate, la « personne la plus qualifiée pour devenir président des Etats-Unis », a été battue par un inconnu, tenue pour un bouffon et un incompétent par tout l’establishment. Résultat identique en 2024 : l’argument de l’immigration incontrôlée a été nié par les Démocrates, qui n’ont cessé pendant le mandat de Biden de prétendre que l’immigration ne connaissait pas une hausse substantielle et que tout cela n’était que transitoire (« surge in immgration is seasonal »). Ils en ont payé le prix électoral. Les deux thèmes de la campagne de 2024 furent, en effet, d’une part l’immigration, d’autre part l’inflation, le coût de la vie. Au moment du vote, 66 % des Américains étaient favorables à des expulsions massives, sans condition pour une bonne partie d’entre eux, et 41 % étaient même disposés à revenir sur le droit du sol !
Les démocrates étaient devenus des repoussoirs pour la majorité de leurs concitoyens, dans le même temps où Donald Trump usait, abusait et instrumentalisait la question de l’immigration dans le sens que l’on sait : il avait ainsi promis que le jour de son élection serait le « Liberation Day » des États-Unis parce qu’il mettrait en œuvre une politique extrêmement stricte. Or, élément tout à fait intéressant et décisif, les Démocrates n’ont pas vu venir le glissement très substantiel du vote des Latinos vers Trump. Aveuglés par leur logique identitaire les Démocrates pensaient que les latinos, du seul fait de leur appartenance ethnique, voteraient pour eux de manière mécanique. Or l’électorat latino, et singulièrement celui qui vit le long de la frontière avec le Mexique, le long du Rio Grande et au-delà, s’est déporté massivement sur le candidat Trump.
Je terminerai mon propos par quelques considérations sur la France en ayant à l’esprit la possibilité que l’enjeu de l’immigration pourrait être décisif l’année prochaine, sachant qu’il est déjà au centre du débat politique, au centre de notre société et au centre des préoccupations de nos concitoyens.
Selon un des derniers sondages disponibles (IFOP, octobre 2024), 69 % des Français considèrent qu’il y a « trop d’immigrés en France aujourd’hui ». Cette proportion atteint 50 % chez ceux se reconnaissant comme des sympathisants de la gauche, soit une poussée de 20 points depuis 2018. C’est dire que la question migratoire n’est plus réservée à certaines franges de l’électorat. Cette considération-là, cette inquiétude-là, est très largement partagée par nos concitoyens.
À cet égard, je veux rappeler quelques données concernant la gauche proprement dite. Le programme commun de gouvernement de la gauche (1972) prévoyait une politique d’immigration planifiée en fonction de la situation de l’emploi, selon le principe qu’il était nécessaire de limiter le nombre d’entrées de travailleurs immigrés en fonction du nombre de chômeurs qui seraient recensés à ce moment-là dans le pays. La gauche, à cet égard, a cautionné la soi-disant « suspension » de l’immigration qui fut décidée par Valéry Giscard d’Estaing et Lionel Stoleru en 1974. Cela permit ainsi à Georges Marchais d’affirmer le
15 juillet 1980 que : « La fermeture des frontières est une exigence qui correspond à la volonté des travailleurs immigrés eux-mêmes et de toute la classe ouvrière, car ceux qui entreraient aujourd’hui en France, au lieu de trouver un travail, viendraient grossir le nombre des chômeurs. » Et il précisait son propos, dans la logique de la France électorale de l’époque, en disant qu’il était farouchement contre « la concentration massive des travailleurs immigrés dans les véritables ghettos que sont, pour l’essentiel, des municipalités communistes. ». Vous vous souvenez de l’affaire du bulldozer de Vitry[2], qui illustra cette position politique du PCF. Mais c’est un vrai social-démocrate, Pierre Mauroy, que l’on ne taxera pas d’être communiste, qui, dans sa déclaration de politique générale du 8 juillet 1980, posa ce principe simple, que nombre de socialistes se sont empressés d’oublier : « compte tenu de la situation de l’emploi, la France n’est pas en état d’accueillir un nombre croissant de travailleurs étrangers. » Je rappelle enfin que la proposition 81 des 110 propositions de François Mitterrand posait clairement : « Le plan fixera le nombre annuel de travailleurs étrangers admis en France. (…) La lutte contre les trafics clandestins sera renforcée. »
Ces analyses et ces principes ont été balayés. À partir de 1984, avec la naissance de l’association « SOS Racisme », nous avons vu l’apparition non de la « gauche morale », comme on l’appelle trop souvent -ce serait lui faire grand crédit de la qualifier de « morale »-, mais d’une gauche moralisatrice, expulsant la question de la politique migratoire du champ rationnel et du champ de la politique, avec cette formule définitive : « Ce n’est pas l’immigration qui est un problème, c’est le racisme qui en est un ». Avec ce slogan simplificateur et faux, toute personne qui – comme nous ce soir – interroge la question migratoire et tenterait de lui apporter des solutions, devient de facto un raciste. Ce tabou mitterrandien ainsi posé à l’égard de la question migratoire perdure très largement aujourd’hui. Le Parti socialiste reste prisonnier – prisonnier volontaire – de cette vision dont il ne veut se défaire, et qu’illustre cette formule aussi ressassée que vaine : « Nous mènerons une politique ferme et humaine », et qui signifie en vérité : « nous ne mènerons aucune politique ».
Au bout du spectre, la position de La France Insoumise, ou plutôt, devrais-je dire, de Jean-Luc Mélenchon, n’est même plus, comme il l’avait formulé dans un premier temps, la volonté de voir la « créolisation de la France » (hommage pervers à Édouard Glissant) ; il s’agit désormais de vanter l’avènement de la « Nouvelle France » et de célébrer le « grand remplacement » inversé, en se félicitant des flux migratoires puisque les personnes issues de l’immigration – légale ou illégale – votent à hauteur de 60 % ou 70 % pour les troupes de La France Insoumise… On comprend bien que, pour Jean-Luc Mélenchon, l’immigration ne doive pas être maîtrisée ou contenue, mais tolérée ou encouragée.
Aujourd’hui à côté d’une gauche qui nie la réalité, la gauche sociale-démocrate classique, qui refuse de voir ce qu’il se passe réellement dans notre pays, nous avons une seconde gauche qui instrumentalise de manière cynique cette réalité, pour des raisons électorales. Ce faisant, Jean-Luc Mélenchon ne fait que retrouver l’inspiration des Démocrates américains en 2008 : c’est alors qu’ils inventèrent ce qu’ils appelèrent la « coalition Obama », qui portait mal son nom, compte tenu de ce que j’ai rappelé sur la politique très stricte de Barack Obama – un Démocrate populiste d’ancienne école, à l’image de Roosevelt, qui s’est toujours gardé de verser dans le wokisme, même s’il fut une icône progressiste, candidat noir puis président noir. Pour ceux-là, il s’agissait aussi de s’appuyer sur un changement démographique parce que, selon eux, « Demographic change will equal winning destiny » (« le changement démographique équivaudra à des victoires électorales »). Je ne vois pas comment le Parti démocrate, en dépit des difficultés réelles que connaîtra probablement le président Trump à l’avenir, se redressera s’il maintient cette position favorable à l’immigration.
Quant à nous, ici en France, pour ceux qui croient encore que quelque chose à gauche est possible, cela ne le sera que si celle-ci est capable de porter un regard lucide sur les réalités démographiques et sociales du pays, sur la volonté clairement exprimée par le peuple français à travers les différentes enquêtes et dans les urnes. On ne peut ignorer qu’une des raisons de l’expansion continue du vote RN depuis plus de quarante ans – même si ce n’est pas la seule -, renvoie à la présence de très nombreuses personnes en situation illégale sur notre territoire.
Je vous remercie de votre attention.
Marie-Françoise Bechtel
Merci beaucoup.
Vous avez rappelé deux faits paradoxaux et majeurs, d’abord la politique d’Obama, que l’on avait effectivement un peu oubliée, un précédent historique très intéressant, et la position qui fut celle du PCF – vous avez cité Georges Marchais lui-même -. Je crois que le PCF a toujours été pour le contrôle de l’immigration par le travail. Il y avait d’ailleurs parfois, ai-je cru lire, entre les ouvriers communistes, qui étaient légion à l’époque, y compris avant la guerre, et les travailleurs étrangers, fussent-ils italiens ou espagnols, un certain nombre de difficultés qui ont été en s’aplanissant après une génération.
Par conséquent la multiplicité des approches possibles par rapport à la migration, ne couvre pas strictement le spectre gauche/droite. C’est un peu plus complexe. Dans la gauche des éléments étaient pour l’immigration par le travail mais ils ont été d’autant moins suivis que le travail est devenu un problème pour les Français eux-mêmes. Les deux se sont catapultés. De l’autre côté vous avez aussi cette idée que si les étrangers ne sont pas là pour travailler, à supposer qu’il y ait du travail pour eux, ils risquent fort de porter atteinte à ce qui est une identité française et à nous mener au « grand remplacement ». Il y a des caricatures de part et d’autre, c’est ce qui est impressionnant dans ce sujet.
Merci en tout cas de tous ces rappels et, en creux, de ces propositions pour des politiques, non pas « fermes mais humaines », mais des politiques qui fassent vraiment la part des choses et essaient de nous mener vers l’avenir après les expériences passées que j’ai rappelées au début de ce colloque, notamment le co-développement, qui n’ont pas forcément donné ce qu’on aurait espéré à l’époque.
Ajoutons à cela que d’anciens pays coloniaux ont trouvé quand même beaucoup de grain à moudre dans l’idée qu’on pouvait tout reprocher à l’ex-pays colonial vers lequel ils favorisent l’émigration d’une jeunesse à laquelle ils ne donnent pas de travail alors qu’ils ont la possibilité de le faire. Je pense notamment à l’Algérie, potentiellement un pays riche, qui ferait peut-être mieux de permettre à sa jeunesse d’avoir du travail au lieu de nourrir richement ses élites. Il est évidemment plus facile de la laisser partir largement du côté de la Méditerranée et ensuite d’incriminer la France. Ce que vous avez dit fait une transition parfaite avec l’intervention de Renaud Large, expert associé à la Fondation Jean-Jaurès et coordinateur de l’enquête « La troisième gauche, enquête sur le tournant post-sociétal de la gauche européenne » (juin 2025).
[1] Fruit de ses nombreux voyages outre-Atlantique, Les Etats-Unis d’aujourd’hui paraît en 1927 dans le contexte américain d’avant la crise de 1929. Siegfried a pour originalité de proposer une vision européenne d’une société américaine mal connue en France, et c’est ce point de vue à la fois informé et novateur qui séduit aussi les Américains à qui l’ouvrage servira de révélateur en leur faisant prendre conscience de leur véritable identité.
[2] Le 24 décembre 1980 au matin, 300 travailleurs maliens quittèrent le foyer qu’ils occupaient sur le territoire de la commune de Saint-Maur et furent transportés dans un bâtiment en cours de rénovation à Vitry-sur-Seine. À la demande du maire de Saint-Maur, le gestionnaire du foyer avait accepté de débarrasser cette commune résidentielle de ses occupants encombrants. L’immeuble de Vitry était en pleins travaux, financés pour une bonne part par la mairie et devait accueillir en contrepartie, des jeunes travailleurs. La section du PCF Vitry, informée, réagit par une action de commando où quelques militants, « armés » d’une pelleteuse s’employèrent à écrouler un escalier extérieur pour empêcher les nouveaux occupants d’y rentrer. Le maire de Vitry, Paul Mercieca, mis devant le fait accompli, et en désaccord avec la méthode, accepta pourtant de l’assumer politiquement. Noël passé, se déclencha alors une formidable campagne médiatique contre le PCF visant à le faire passer pour intrinsèquement raciste.
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