Introduction par Marie-Françoise Bechtel, présidente de la Fondation Res Publica, lors du séminaire "Crise au Moyen-Orient, quels défis pour la France" du jeudi 16 octobre 2025.

Je suis très heureuse de vous voir ici réunis pour ce séminaire. Il donnera bien entendu lieu à un Cahier de la Fondation Res Publica qui sera largement distribué à la plus grande partie de la classe politique, de nombreux journalistes, éventuellement à des universitaires. Voilà donc le format dans lequel s’inscrit cette soirée où la parole est bien entendu tout à fait libre.

En l’absence conjoncturelle de notre Président fondateur qui vous salue tous et prendra attentivement connaissance de nos débats, nous abordons aujourd’hui une question dont il n’est pas besoin de souligner le caractère brûlant et sensible. Nous le faisons dans un format réfléchi et, je l’espère, adéquat, grâce à la présence d’éminents et « sachants » orateurs ainsi que de nombreux amis, notamment diplomates, qui nous ont fait l’amitié de nous rejoindre. Ces derniers, pour une large partie d’entre eux, ont d’ailleurs signé une tribune publique qui les honore, le 12 août dernier dans Le Monde[1], un texte qui a fait du bien à ceux d’entre nous qui ne pouvaient se résigner à une plus longue absence de notre pays, absence peut-être due à une introuvable solidarité européenne, jusqu’aux initiatives du mois dernier, sans oublier il est vrai la démarche commune avec le président égyptien et le roi de Jordanie[2] en avril 2024. Une position dont on ne saurait certes mésestimer la difficulté car nous ne sommes ni en 1967, ni en 1982, ni en 2000. Et notre fondation ne cherche pas une posture de donneur de leçons, surtout sur un sujet aussi sensible.

Sensible à bien des égards d’ailleurs et, sur ce point, il serait bon qu’à un moment du débat nous nous penchions sur la situation de plomb créée sur le plan intérieur pour notre pays en incluant les clivages possibles dans sa population et, peut-être, au-delà de notre pays, en Europe.

Il s’agit d’essayer de retrouver le chemin de la raison hors des contextes passionnels et ceci sans illusion sur le caractère provisoire, intermédiaire, dirai-je, des temps que nous vivons depuis que les États-Unis ont, au moins à ce stade, sifflé la fin de la partie.

Ce court-termisme dans lequel nous sommes ainsi étranglés offre un contraste si fort avec l’ancienneté des questions posées depuis 1948 au moins, avant sans doute, qu’il y a là un premier défi. Défi que soulignait Henry Laurens, à l’occasion de l’exposition que l’IMA a consacrée en 2023 à la Palestine, redoutant « l’impossibilité de dépassement des conflits sur la Terre sainte, tant religieux et politique, sacré et nationalisme y sont liés ». Voilà au moins une vue qui n’est pas court-termiste. C’est un premier défi qui porte sur l’historicité même de la question israélo-palestinienne, son caractère non réglé et peut-être non réglable.

Je voudrais mentionner deux autres défis très importants.

En premier lieu, comment ne pas évoquer les atrocités sans précédent commises sur la population gazaouie, sans limites et, hélas, sans frein. Souffrances infligées à la population civile, enfants compris, contre toute règle de droit, et, dirai-je même, contre toute logique, sans apporter à la population israélienne le moindre bénéfice ni dans la crise des otages, ni dans sa sécurité à long terme, bien au contraire. 

On ne pourra que saluer ceux des responsables, diplomates, intellectuels, humanitaires israéliens, auxquels on peut ajouter les démissionnaires de l’armée, y compris à des postes élevés, qui ces derniers mois ont publiquement pris des positions fermes contre la folle dérive menée par un gouvernement qui sera sans doute dans l’histoire celui qui aura fait le plus de mal à son pays.

Dernier défi, celui de la configuration nouvelle du Moyen-Orient telle qu’elle ressort de la phase actuelle : écrasement du Hezbollah, attaques contre l’Iran, montée des monarchies pétrolières et des États du Golfe, retour de l’Égypte et de la Turquie, absence de l’Europe… toutes ces données nouvelles sont à intégrer à l’analyse pour le poids respectif de chacune d’entre elles, que je ne prétends pas être aussi capable de mesurer que ne le feront les intervenants.

C’est d’ailleurs par ce troisième défi que nous allons commencer, en accord avec les deux intervenants dont les exposés appelleront des réactions de tous les « sachants », beaucoup plus éminents que moi, qui se trouvent dans cette salle. 

Nous entendrons d’abord Denis Bauchard sur les aspects extérieurs au conflit interne, avec la politique de remodelage qui semble aujourd’hui en œuvre au Moyen-Orient.

Nous entendrons ensuite Jean Félix-Paganon qui se penchera plus précisément sur le conflit dit israélo-palestinien en lui-même.

Je donne donc la parole à Denis Bauchard, non sans le remercier de nous faire profiter d’une largeur et d’une profondeur de vues, auxquelles nous attachons ici beaucoup d’importance. Denis Bauchard est aujourd’hui conseiller pour le Moyen-Orient à l’Institut français des relations internationales (Ifri), ancien ambassadeur de France en Jordanie et au Canada, ancien directeur d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient au ministère des Affaires étrangères, ancien directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères en 1996-1997. Parmi les nombreuses fonctions qu’il a exercées au service de l’État j’ai d’ailleurs noté qu’il a exercé aussi des fonctions économiques, ce qui n’est pas sans ajouter encore à la pertinence de ses propos.

Auteur de plusieurs ouvrages, notamment Le nouveau monde arabe entre enjeux et stabilité (2012, éd. André Versaille), vous avez codirigé La démocratie est insoluble dans l’islam (CNRS Sciences po, 2007). Vous avez récemment fait dans le Ramsès 2026 (Ifri) un panorama raccourci et saisissant que vous avez intitulé Le Moyen-Orient après le 7 octobre[3], dans lequel vous pointez ce que vous nommez les sept fronts sur lesquels se fait, ou se fera peut-être, le remodelage du Moyen-Orient. Vous traitez aussi des relations diplomatiques entre la France et Israël dans un article à paraître dans la Revue Esprit[4]. C’est donc d’abord à partir de votre vue vaste des choses que nous allons aborder notre propos de ce soir.


[1]« Il est temps que la France reprenne l’initiative au Moyen-Orient » : l’appel de 35 anciens ambassadeurs, Le Monde, 12 août 2025.

[2]« L’appel de Macron, Al-Sissi et du roi Abdallah II pour un cessez-le-feu immédiat à Gaza », Le Monde, 8 avril 2024.

[3]Denis Bauchard, « Le Moyen-Orient après le 7 octobre : vers l’embrasement ? », dans IFRI, Ramsès 2026.

[4]Denis Bauchard, France-Israël, une relation en tensions, Revue Esprit novembre 2025.

Le cahier imprimé du séminaire « Crise au Moyen-Orient, quels défis pour la France ? » est disponible à la vente dans la boutique en ligne de la Fondation.

S'inscire à notre lettre d'informations

Recevez nos invitations aux colloques et nos publications.

Veuillez saisir une adresse email valide.
Veuillez vérifier le champ obligatoire.
Quelque chose a mal tourné. Veuillez vérifier vos entrées et réessayez.