Forces et faiblesses de l’économie chinoise aujourd’hui

Intervention de Jean-François Huchet, économiste et président de l’Inalco, ancien directeur du Centre d’études français sur la Chine contemporaine et auteur, notamment, de La crise environnementale en Chine (Presses de Sciences Po, 2016), lors du colloque "La Chine sans œillères" du 12 mai 2026.

Merci beaucoup, Marie-Françoise Bechtel.

Merci beaucoup à la Fondation Res Publica de m’avoir invité pour partager quelques idées sur l’évolution de l’économie chinoise.

Il se trouve que dans quelques jours une rencontre entre le Président Trump et le Président Xi Jinping devrait se tenir à Pékin. La précédente s’était tenue en 2017, il y a environ dix ans. Durant ces dix années on peut dire que l’économie chinoise a poursuivi son parcours, a continué à se développer de manière très importante, très profonde, avec parfois des signaux de faiblesse mais aussi avec un certain nombre de développements qui laissent effectivement envisager l’émergence d’une véritable puissance technologique. Je reviendrai sur cette question.

Je me permettrai de commencer par la démographie parce que c’est souvent un élément qui transforme en profondeur les sociétés, qui donne des tendances lourdes.

Je ne reviendrai pas sur le problème du vieillissement accéléré de la Chine. Vieillissement accéléré que la Chine n’est pas le seul pays à avoir connu, notamment en Asie. Ce qui diffère de ce qui est arrivé au Japon ou en Corée, c’est que cela intervient à un moment et à un niveau de PIB par tête plutôt précoces, cela avec un rythme extrêmement accéléré, notamment concernant l’effondrement du taux de fécondité. Nous sommes en face de phénomènes et de conséquences majeurs que nous percevons relativement facilement, notamment parce que, les ayant rencontrés en Europe, nous avons réfléchi sur la nécessité d’adapter nos systèmes de protection sociale. La Chine a entamé cela mais elle va devoir accélérer cette évolution. Vous vous en souvenez peut-être, en 2008, un ministre chinois était passé en Europe pour dire que nous étions une nation très vieille. Et en l’espace d’un peu plus de quinze ans, la Chine se retrouve elle aussi en face de ce genre de situation avec des conséquences majeures.

Derrière cela il y a aussi un certain nombre de conséquences sur les questions d’entrepreneuriat et des questions sur le poids que cela fait peser sur les finances publiques. On y reviendra avec la question de l’immobilier, qui est en pleine transition, comme moteur de l’économie chinoise. On a bien sûr aussi un certain nombre de conséquences sur la question de l’épargne et la protection sociale, une protection sociale qui n’est pas suffisamment développée en Chine, ce qui incite les Chinois, dans un contexte où le moteur de l’immobilier s’est effondré, à épargner encore un peu plus et à retirer des ressources qui pourraient être consacrées à la consommation. La Chine est le pays qui épargne le plus.

Cela a des conséquences très importantes et parfois aussi des conséquences que l’on attend un peu moins, telle la nécessité d’accélérer l’évolution de l’utilisation des ressources humaines, en particulier de la robotique dans les usines. Aujourd’hui à peu près 50 % des robots qui sont utilisés dans les entreprises à l’échelle mondiale sont dans les entreprises chinoises.

Donc, encore une fois, une évolution profonde est en train de marquer la Chine et, regardant les scenarii proposés par les Nations Unies on se rend compte qu’on est dans une situation totalement inversée à celle que nous avons connue à la fin des années 70 lorsque la Chine atteignait son milliard d’habitants. On pourrait tout à fait envisager aujourd’hui que la Chine repasse en dessous de la barre du milliard d’habitants, ce qui la place aussi dans un contexte psychologique complètement différent de celui dans lequel elle était à la fin des années 70, début des années 80. Je reviendrai sur cet aspect psychologique puisqu’on a dépassé cette période des Trente glorieuses qui est quand même très importante sur le plan psychologique.

Deuxième aspect sur lequel je voudrais revenir : en matière de gouvernance de l’économie chinoise on a quand même très largement soldé l’héritage de Deng Xiaoping, en particulier – je voudrais insister là-dessus – la différence entre le secteur d’État et le secteur privé, avec la recentralisation de presque tous les leviers économiques, le management de l’économie nationale et l’omniprésence du Parti communiste. Il est frappant aujourd’hui de voir que plus personne ne se cache : à une certaine époque, on vous tendait une carte où ne figurait aucune mention de ses fonctions, aujourd’hui sur chaque carte apparaissent les responsabilités au sein du parti, notamment dans le secteur privé puisqu’il y a maintenant des cellules du Parti communiste partout. Il y a eu une reprise en main très importante du secteur privé, en particulier avec l’arrestation ou la disparition de grands entrepreneurs privés. Aujourd’hui je crois que tous les entrepreneurs privés ont une petite musique dans la tête qui fait qu’on écoute ce que dit le Parti ! C’était déjà le cas avant mais aujourd’hui encore un peu plus. En effet la frontière qui existait entre l’économie publique et privée a été quelque part un peu brouillée au profit du Parti communiste et aujourd’hui, même dans les entreprises privées il suffit que l’État, qu’un élu du Parti demande quelque chose pour qu’on obéisse. Il y a aussi des systèmes qu’on appelle de Golden Share :il suffit de posséder une seule action pour permettre parfois à l’État d’imposer sa stratégie, une stratégie qui peut varier en fonction des provinces, en fonction des secteurs, mais qui donne au Parti communiste, avec la recentralisation du secteur financier et du secteur fiscal, un pouvoir extrêmement important. Depuis 2017 on commençait à comprendre comment Xi Jinping voulait fonctionner en matière économique et politique mais de nombreux « small leading groups », des petits groupes décisionnels, apparus autour du conseil des affaires de l’État, permettent à Xi Jinping de garder la main sur l’économie, sur les affaires militaires et technologiques. Cette question de la gouvernance était en transformation déjà en 2017 mais là on en voit véritablement toutes les facettes.

Les finances publiques sont le talon d’Achille de l’économie chinoise. Avec l’arrêt du secteur immobilier, on paie encore le prix du plan de relance de 2013 qui avait vu les provinces mettre l’argent sur la table (le gouvernement central avait mis beaucoup moins d’argent que les provinces). C’étaient très largement les banques, à travers un certain nombre d’institutions qu’elles avaient créées, qui avaient énormément investi, parfois beaucoup trop, dans des infrastructures, dans des projets qui aujourd’hui ne rendent pas les résultats escomptés, loin de là. On a donc eu un programme de reprise en main du gouvernement central avec l’émission d’obligations pour essayer d’effacer les dettes. Mais on en est encore très loin et on estime qu’aujourd’hui la situation des finances publiques chinoises ne correspond absolument pas aux chiffres qui sont annoncés et que nous sommes en face d’un gouvernement qui n’a pas les marges de manœuvre pour relancer l’économie comme il pourrait le souhaiter. On est très loin des critères de Maastricht.

L’autre évolution majeure est l’immobilier qui était le moteur, dans tous les sens du terme, exerçant un effet d’entraînement sur les autres secteurs, sur la finance publique, sur l’épargne et sur la protection sociale. Ce moteur a volé en éclats. Il faut revenir à la dimension démographique pour le comprendre. En effet on était aux alentours de 8 m2 de surface habitable par habitant en 1980, on est aujourd’hui assez proche de ce que l’on trouve en Europe, entre 35 m2 et 40 m2. Heureusement pour la planète on n’est pas sur des critères australiens, canadiens ou américains ! Il n’empêche qu’aujourd’hui, avec la baisse démographique, le fait que la surface en m2 se rapproche de ce que nous connaissons en Europe, ce sont des millions de m3 de ciment qui ne sont plus consommés en Chine, ce sont des appartements, des bureaux, qui n’ont plus besoin d’être construits. Et aujourd’hui l’économie du ciment ne peut plus jouer le rôle qu’elle a joué. Même si Xi Jinping, d’un point de vue conjoncturel, a peut-être voulu aller trop vite, la phrase qu’il a prononcée en disant que l’immobilier ne pouvait pas servir de spéculation et que si on achetait un appartement c’était pour y habiter… a vraiment entraîné de profondes transformations qui sont en train d’avoir des conséquences négatives pour l’économie chinoise. En effet, on ne remplace pas facilement une addiction par une autre, un modèle par un autre, et il est vrai que l’immobilier irriguait considérablement l’économie chinoise jusqu’avant le covid. Sur la protection sociale l’immobilier ne joue plus ce rôle-là. Le portefeuille d’actifs des Chinois était très axé sur l’immobilier et, un peu, sur la Bourse. Or ces deux moteurs d’actifs se sont effondrés.

Autre évolution, plus psychologique. Sur la démographie, la baisse de la consommation, le problème des finances publiques, on est rentré depuis une petite dizaine d’années dans un état d’esprit très différent de la part des ménages chinois. Pendant très longtemps, même si ce n’était pas le cas, même si le gâteau n’était pas partagé de manière équitable, les parents avaient le sentiment que leurs enfants et petits-enfants allaient connaître une situation sociale et économique plus satisfaisante que la leur. Or on est sorti de ce schéma assez puissant (nous le savons, nous qui l’avons quitté brutalement à la fin des années 60 et au début des années 70) qui représente une vision du monde, une vision du futur qui a, je crois, considérablement changé en Chine. Et quand vous posez la question, même de manière anecdotique, en Chine, vous vous rendez compte que la situation psychologique a beaucoup évolué.

Jusqu’à présent j’ai insisté sur les éléments de faiblesse, je voudrais revenir maintenant sur les éléments de force, de transformation de cette économie chinoise, Marie-Françoise Bechtel en a évoqué quelques-uns.

En 2017 on était encore à la fin de ce qu’on appelait, de manière un peu schématique, la stratégie du « made in China » : grosso modo, on s’est inséré dans l’économie mondiale, dans la division internationale du travail – c’était la stratégie de Deng Xiaoping – au niveau des activités d’assemblage, en profitant d’une main d’œuvre quasiment infinie, avec des millions de paysans qui étaient d’accord pour travailler dans des usines parfois dans des conditions extrêmement difficiles, voire qui heurtaient les standards les plus élémentaires en matière de protection sociale. Mais on était encore dans une position de win-win avec l’Occident, avec l’Europe, avec les États-Unis, puisque les entreprises multinationales qui achetaient en Chine revendaient sur les marchés des produits qui n’entraient pas en concurrence avec ceux sur lesquels nous avions gardé la maitrise de la production.

Ce fut une erreur majeure de la part de l’Europe d’avoir poussé l’externalisation des productions au point d’avoir perdu des métiers, au point d’avoir perdu un certain nombre de compétences que nous essayons bon an mal an de récupérer aujourd’hui. Les Chinois en ont parfaitement conscience parce qu’ils ont vécu en l’espace de 25 ans ce rattrapage technologique et eux-mêmes ne veulent pas suivre les erreurs que les Européens ou les Américains ont pu commettre sur la division des différentes tâches dans la chaîne de valeur ajoutée. Ils veulent conserver une industrie très forte, la plus complète possible, je dirai même indépendamment de ce qui se passe sur le plan géopolitique et militaire. Ils ont conscience qu’il y a effectivement des compétences qui s’insèrent, entre le service à l’industrie, à l’intérieur même des métiers qui existent dans l’industrie et ils veulent rester présents.

Cela nous donne, à nous Européens, un chemin de crête assez difficile dans la négociation que nous avons avec les Chinois pour essayer de les forcer à transférer des technologies. Nous étions en bout de course du « made in China » et nous avons aujourd’hui un « made by China » ou une stratégie technico-stratégique couplée avec une stratégie d’autonomie économique qui peut faire référence bien sûr à la situation géopolitique et avoir aussi des consonances très militaires.

En fait la Chine veut devenir autonome sur le plan technologique et on voit aujourd’hui les résultats d’une politique chinoise qui a investi massivement dans les universités, dans la R&D, qui a essayé de casser l’héritage de l’ancien système soviétique où les entreprises et la recherche étaient très largement séparées, qui a investi énormément dans l’éducation de manière générale. Nous observons dans les universités des transformations majeures. Et nous avons aujourd’hui l’impression que ces différentes parties du complexe « sciences, technologies et industries », que ce maillage est en train de produire ses résultats. C’est un cercle vertueux que l’on voit tous les jours arriver avec une Chine de plus en plus présente non seulement sur les produits mais aussi sur les process.

La Chine domine les process. On l’a vu dans le dernier bras de fer avec les États-Unis, nous étions à cinq semaines de capacité de production de voitures électriques en Allemagne parce que la Chine était en capacité d’identifier nos points de faiblesse en matière technologique.

C’est donc une Chine qui aujourd’hui est présente partout, qui ne va renoncer à aucune industrie, qui est aussi très présente sur les services. Les Chinois ont aujourd’hui conscience de cet élément de puissance, ils ont ouvert la boîte noire technologique, ils ont digéré les technologies. C’est une différence majeure avec ce qui se passe dans le reste du monde. Nous sommes parfois suiveurs désormais d’un bon nombre de technologies. Lors de la dernière visite du Président de la République en Chine on nous a demandé à nous, universités, d’identifier un certain nombre de savoirs scientifiques sur lesquels nous pouvions collaborer avec la Chine et nous nous sommes rendu compte qu’il y avait énormément de secteurs sur lesquels la Chine était très largement en avance désormais sur la recherche française. Il est vrai qu’on stagne à 2,1 % de notre PIB sur la R&D et on commence à en voir très largement les effets.

Je terminerai par la question de l’économie et des liens avec tout ce qui touche à l’environnement.

Il faudrait que je réécrive complètement le livre que j’ai publié en 2016[1] où je concluais qu’on était à la fois sur une Chine brune et une Chine verte. Or aujourd’hui, dans cette course contre la montre, on a quand même l’impression – heureusement pour la planète et heureusement pour la Chine – que même si la Chine continue de polluer énormément et si le charbon reste important, dans certains domaines elle est en train de gagner le pari. Les Chinois sont de très loin les plus grands investisseurs et les plus grands innovateurs en matière d’énergie verte. La Chine ne s’en sort pas trop mal, comparée à d’autres pays asiatiques, avec la crise que l’on connaît aujourd’hui dans le détroit d’Ormuz. Elle a réussi à diversifier son approvisionnement énergétique et je pense que c’est une incitation très forte à investir encore beaucoup plus d’argent sur les énergies vertes … parfois en augmentant un peu le charbon (les Chinois ont plus de trois siècles de réserves en matière de charbon, ce qui peut parfois ralentir un peu l’évolution). Mais de manière générale on reste assez admiratifs quand on voit les grands projets qui existent dans le domaine de l’économie verte, avec des économies d’échelle très importantes qui permettent de faire baisser les prix beaucoup plus rapidement que ce que nous connaissons en Europe. C’est valable pour les énergies vertes mais aussi tous les essais en biotechnologies, par exemple.

Au bout du compte, au-delà des éléments de faiblesse qui depuis dix ans touchent la Chine (je les ai listés), on voit des éléments de force, de souveraineté, dans un contexte géopolitique qui renforce le sentiment que l’évolution du modèle chinois qui est attendue par les Européens sera difficile à faire accepter à la Chine. J’ai un peu l’impression que les Américains ont d’ailleurs laissé tomber cet objectif. On va le voir avec le G7 à Évian. On sait que le Président de la République veut essayer de convaincre la Chine d’évoluer vers le rééquilibrage de son économie. Au-delà des questions économiques il y a derrière cela quelque chose de plus profond au niveau idéologique, je dirai même un discours civilisationnel très fort de la part du Parti communiste chinois, en particulier
Xi Jinping qui pense que la consommation est synonyme de décadence, que les transferts sociaux ne correspondent pas à l’esprit de l’entrepreneuriat dans lequel la Chine s’est embarquée depuis plus de cinquante ans. Il me semble que les verrous idéologiques et géopolitiques qu’on connaît aujourd’hui ne vont pas dans le sens du rééquilibrage de l’économie chinoise qui serait nécessaire à la fois pour la Chine et pour le reste du monde puisque nous connaissons nous-mêmes un énorme problème de compétitivité, de surplus et aussi un problème géopolitique puisque plus personne ne se fait confiance.

Marie-Françoise Bechtel

Merci infiniment.

Vous avez donné un tableau tellement vivant, tellement complet de l’état actuel de l’économie chinoise qu’on ne saurait rêver mieux… si ce n’est que justement il ne fait pas rêver, comme l’a souligné votre conclusion.

Vous avez notamment marqué l’importance de la recherche et, en creux, le déficit des pays européens et tout particulièrement de la France en ce qui concerne l’investissement dans ces domaines pourtant clés, avec le temps long, ou au moins le moyen terme, que cette recherche demande.

Vous avez montré que la Chine tient un peu toutes les rênes mais qu’il lui appartient d’évoluer si elle ne veut pas aller droit dans le mur. Vous avez dit que la protection sociale n’était pas le sujet principal de Xi Jinping, ce n’est pas sa vision du monde. Mais les Chinois vont se retrouver tout de même avec une population qui certes stagne mais qui, justement, va rencontrer dans ce domaine des difficultés affectant peut-être la productivité… Il peut y avoir de nombreux tenants et aboutissants, de répercussions de tous les côtés…

Jean-François Huchet

Si vous me permettez, quand vous prenez l’usine Tesla à Shanghai et l’usine Tesla à Los Angeles, pour le même modèle la productivité chinoise est deux fois supérieure à la productivité américaine.

Marie-Françoise Bechtel

Tout est dit !… a-t-on presque envie de dire.

Jean-François Huchet

Il est vrai que dans les négociations internationales on ne peut pas se limiter à l’argument de la surproduction. Les Chinois affichent aussi une volonté de montrer qu’ils ont fait un chemin remarquable sur la productivité.

Marie-Françoise Bechtel

Peut-être est-ce très sensible aussi dans le domaine de la recherche.

Tout est dit et cependant tout n’est pas dit car il appartient à l’intervenant suivant de nous préciser ce qu’est ou sera cette interface entre une économie chinoise très puissante, avec également les faiblesses que vous avez évoquées au début de votre exposé, et les autres économies, particulièrement peut-être l’économie européenne.

Cela pour dire que nous sommes très heureux d’entendre à nouveau notre ami Jean-Paul Tchang, économiste et co-fondateur de La lettre de Chine.

Vous êtes franco-chinois et vous êtes particulièrement désigné par une longue expérience pour nous en dire plus sur l’interface entre l’économie chinoise et l’économie mondiale ou tout au moins européenne. Je me souviens que lors de notre séminaire sur les nouvelles routes de la soie, interrogé sur la question d’une mondialisation à la chinoise, vous aviez évoqué cette vision qui se rapprocherait davantage de la philosophie confucéenne, opposée à celle de Pareto, disant : « Je gagne si tu gagnes aussi ». Et vous aviez développé longuement ce que serait la conception chinoise de la mondialisation, notamment à travers les nouvelles routes de la soie, grand projet dont vous disiez qu’il reposait sur l’idée d’une mondialisation continentale opposée à la mondialisation maritime dont les Chinois ne tenaient pas les clés. Ce point m’avait paru extrêmement important.

Où en sommes-nous aujourd’hui ? Et plus particulièrement comment regardez-vous la compétition féroce menée en Chine envers l’Europe, que ce soit sur le marché de l’automobile, qui a totalement déstabilisé le modèle allemand, ou sur celui des biens de consommation (on ne rappellera pas l’affaire Shein qui est dans toutes les mémoires), consommation courante incluant d’ailleurs les produits intermédiaires, tels les composants destinés à les fabriquer.

« Aujourd’hui, disait Nicolas Dufourcq (patron de la BPI), lors d’une récente audition à l’Assemblée nationale, la puissance de la Chine monte en gamme dans l’acier, la chimie, l’automobile, les machines-outils mais aussi les équipements énergétiques, le nucléaire, la santé, l’électronique, sans oublier que dans le domaine des batteries la Chine surplombe ses concurrents. » Les voies d’un échange économique plus égal avec l’Europe, incluant aussi la recherche, sont-elles ouvertes ? Louis Gallois soulignait au cours d’un autre colloque sur les États-Unis à la fin de l’année dernière[2] que le déficit de l’Union européenne avec la Chine était de 365 milliards de dollars. Le ministre du Commerce avait d’ailleurs proposé fin 2025 davantage d’investissements chinois ciblés, reprenant une proposition qui avait été adressée au Président de la République par un groupe d’économistes français et allemands. Y aurait-il là une voie ? Je n’en sais rien.

Je vous laisse la parole.


[1] Jean-François Huchet, La crise environnementale en Chine, Paris, Presses de Sciences Po, 2016.

[2] Le nouveau monde est-il si nouveau ? – L’Amérique et nous, colloque organisé par la Fondation Res Publica le 23 septembre 2025.

Le cahier imprimé du séminaire « La Chine sans œillères » est disponible à la vente dans la boutique en ligne de la Fondation.

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