Introduction par Marie-Françoise Bechtel, présidente de la Fondation Res Publica, lors du séminaire "La Russie" du 31 mars 2026.
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Je suis très heureuse, ouvrant ce séminaire, de saluer notre président fondateur et l’ensemble des participants, toujours fidèles.
Je remercie très vivement les intervenants qui constituent le plateau idéal pour traiter du sujet que nous abordons ce soir.
Pourquoi aujourd’hui essayer d’entendre une analyse équilibrée de la Russie ?
Pourquoi chercher à savoir ce qu’est aujourd’hui « l’objet Russie » dans sa réalité sociale, économique, juridique, géopolitique, dans sa vision propre des choses et dans sa projection propre vers l’avenir ?
La raison en est assez évidente pour qu’il n’y ait pas lieu de la développer. Nous sommes dans un contexte qui rend plus obscures que jamais les réalités objectives qui caractérisent ce pays, depuis ses déterminants internes jusqu’à sa dimension de puissance européenne et/ou eurasiatique. Contexte évidemment lié à la guerre d’Ukraine mais aussi sans doute à une ignorance plus profonde du pays, notamment dans sa réalité sociale et économique.
Point n’est besoin d’ajouter que le concert médiatique qui domine largement la parole publique nous renseigne assez peu sur ces questions. À l’heure où la position publique de la France peut être interrogée, d’autant qu’elle est en évolution, nous nous sentons en devoir de rechercher où sont réellement les enjeux d’avenir dans notre relation avec l’autre extrême du continent européen.
En ce domaine comme en d’autres nous recherchons une parole équilibrée – je parle ici non sans trembler devant notre fondateur -, non par goût frileux d’une « modération » dont le choix du juste milieu ferait office de vérité mais pour éviter de déséquilibrer un sujet qui se définirait par une vision uniforme, celle d’une pensée unique qui tend à noyer les réalités sous une sorte de catéchisme commun qui, c’est le moins qu’on puisse dire, ne sert guère de boîte à outils conceptuelle… Or essayer de garnir une boîte à outils conceptuelle est exactement ce que nous cherchons à faire à la Fondation Res Publica.
Quelles sont donc les grandes questions qui motivent notre rendez-vous de ce soir ?
D’abord, je le disais, sortir de la doxa commune aux médias et commentateurs qui dans leur grande majorité en restent à une vision de la Russie exclusivement limitée aux effets immédiats de la guerre d’Ukraine, que ce soit sur les relations externes de la Russie ou sur sa situation interne sur laquelle il peut sembler que, dans nos pays de médias libres, nous ne sommes pas si correctement ni si libéralement (au sens premier du mot) informés. Donc tâcher de dresser un portrait de la Russie aujourd’hui qui tienne compte du réel et des contrastes qu’il comporte : aux effets de la guerre d’Ukraine on ajoutera les visions assez différenciées du profit que tire la Russie de l’éclatement du Moyen-Orient depuis quelques semaines sur lesquelles on peut lire des comptes-rendus, des points de vue, des analyses que je trouve assez contrastés. Un portrait marqué par le réalisme sera ainsi la tâche de notre premier intervenant, Arnaud Dubien que je présenterai dans un instant.
J’ai dit que nous voulions sortir de la doxa. Nous voulons ensuite nous demander ce que veut et où va la Russie en tant qu’État, aujourd’hui, sur la base de son histoire et de sa géographie. Quelle portée donner dans le cas russe à la notion d’empire, mot souvent utilisé avec une certaine facilité de langage ? Ce sera la tâche de notre second intervenant, le professeur Jean-Robert Raviot qui, comme il l’a fait dans son dernier ouvrage Le Logiciel impérial russe (L’Artilleur 2024) décryptera pour nous ce que recouvre historiquement cette notion d’empire et ce que l’on peut en déduire raisonnablement.
Enfin quel est aujourd’hui le rapport entre la Russie et l’Europe, avec quelles projections possibles dans le futur, tenant compte des erreurs largement partagées du passé, au-delà de l’approche guerrière militariste généreusement distillée dans les médias et une large partie de la classe politique ? Ce sera la tâche de notre ami l’ambassadeur Jean de Gliniasty que de se pencher sur cette question.
Je me tourne donc pour commencer vers Arnaud Dubien en le remerciant vivement d’avoir accepté de nous faire profiter d’une connaissance à la fois très contemporaine et de première main de ce qu’est la Russie aujourd’hui, qu’il s’agisse de son tissu social, des données principales de son économie et de la manière dont sa population et ses élites se voient et se projettent dans leur présent et leur futur, y compris son diagnostic sur la question de savoir si et jusqu’où la guerre au Moyen-Orient rebat les cartes dans le sens des intérêts notamment économiques de la Russie ? Directeur de l’Observatoire franco-russe et chercheur associé à l’IRIS, Arnaud Dubien nous fera donc cet état des lieux de la situation intérieure de la Russie dans ses différents aspects, notamment sociologiques et économiques.
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