Annexe : L’économie russe au 1er trimestre de 2026

Note de conjoncture n° 164 du CEMI, 4 mai 2026.

L’économie russe continue d’être dans une logique de faible croissance du fait des taux d’intérêts excessifs auxquels elle est soumise par la Banque Centrale de Russie. Avec un taux réel de près de 8,5% (taux nominal de 14,0%), la consommation continue de ne progresser que faiblement. Notons cependant que le revenu réel des ménages continue de croître, quoi que faiblement. Cette situation a été aggravée par des conditions atmosphériques particulièrement sévères en janvier et février. Cela explique que l’économie soit entrée en récession en début d’année avant de retrouver une pente de faible croissance en mars.

La politique monétaire continue de contraindre la croissance économique

Après avoir connu deux mois en récession, l’économie russe semble timidement repartie de l’avant. Le mois de mars a été marqué par une forte croissance par rapport à février, mais cette croissance ne fait qu’effacer les mauvais résultats de janvier et février. Globalement, la croissance pour l’ensemble du trimestre reste négative (-0,7%) en glissement annuel et pour l’industrie elle ne fait que retrouver son niveau de l’an dernier.

Le creux marqué par l’industrie manufacturière sur les deux premiers mois de l’année est significatif. Il est cependant possible que les conditions atmosphériques (chutes de neige historiques et froids très intense) aient pu compromettre l’activité.

Néanmoins, l’effet de freinage induit par la politique monétaire à partir du 2e semestre 2024 reste très marqué. L’évolution sur 4 ans permet cependant de constater que, globalement, l’industrie manufacturière russe a connu une croissance importante sur cette période, ce qui ne fait que mettre encore plus en valeur les effets du ralentissement de ces derniers mois.

L’impact des taux d’intérêts tant sur le développement de la production que sur le développement de la consommation peut donc être considéré comme massif, même si certaines branches continuent de bien se développer. Mais, ce développement, et en particulier pour les produits métalliques usinés ou la production d’ordinateurs et de matériels électroniques et optiques, semble largement lié à la demande des forces armées. La consommation civile, mais aussi les programmes de substitution aux importations ont été les premiers touchés par cette politique monétaire très restrictive.

Le maintien du revenu réel et les conditions du marché de l’emploi constituent un môle de résistance pour l’économie

Dans cette situation, le fait que le revenu monétaire moyen ait continué à progresser de 1,5% au premier trimestre 2026 constitue une bonne nouvelle. Naturellement, la progression est plus faible que l’an dernier où, en glissement, le revenu réel moyen avait progressé de 7,1% au premier trimestre. Mais, le chiffre prouve que le salaire réel continue de progresser.

Dans cette situation, le fait que le revenu monétaire moyen ait continué à progresser de 1,5% au premier trimestre 2026 constitue une bonne nouvelle. Naturellement, la progression est plus faible que l’an dernier où, en glissement, le revenu réel moyen avait progressé de 7,1% au premier trimestre. Mais, le chiffre prouve que le salaire réel continue de progresser.

Ces données montrent que le revenu réel disponible des ménages a commencé à ralentir sa croissance au 4e trimestre 2025 après deux années de très forte hausse. Il n’a pas été atteint immédiatement par le durcissement de la politique monétaire qui date, lui du début du 3e trimestre 2024. La raison en est une situation du marché du travail qui reste très tendue avec un taux de chômage qui est exceptionnellement bas.

Au mois de février 2026, on constate des signes de détente sur le marché du travail. En effet, si le taux de chômage reste à 2,2% la durée moyenne du chômage a augmenté, passant de 5 mois à 7 mois, et 1,7 millions de travailleurs (sur plus de 74,5 millions de personnes au travail) sont à temps partiel alors que, 6 mois avant, ils n’étaient que 500 000. Il est donc possible que la politique monétaire très restrictive qui est conduite par la Banque Centrale de Russie ait contribué à cette détente. Les problèmes d’approvisionnement qui ont été causés par les conditions atmosphériques très défavorables (et en particulier un enneigement très important) ont aussi pu engendrer cette montée du travail à temps partiel. Il faudra cependant attendre la fin du 1er semestre de 2026 pour voir si cette tendance se maintient.

En fait, la population active (employés + chômeurs) semble d’être stabilisée depuis environ un an, alors qu’elle avait augmenté de plus d’1,2 millions du début des hostilités en Ukraine à juin-juillet 2025, ce qui est considérable dans un pays dont la démographie est déclinante. Ce chiffre, par ailleurs, dément les affirmations que l’on entend dans la presse occidentale sur des pertes humaines dépassant le million de morts (et impliquant des pertes totales de 2 millions avec les invalides et les blessés graves). Le stock de population disponible, et les chiffres donnés par Rostat n’incluent ni l’immigration ni les habitants des 4 oblasts d’Ukraine qui ont été rattachés à la Russie, aurait montré une baisse de la population active si l’on avait connu de telles pertes.

La combinaison d’une stabilisation de la population active et d’un taux de chômage qui est très faible induit donc de fortes pressions haussières sur les salaires, qui se traduisent donc par une forte hausse du revenu réel. Même si le conflit devait rapidement finir, le nombre de personnes libérées des obligations militaires ne devrait guère excéder les 500 000, ce qui semble insuffisant pour amorcer une détente importante du marché du travail. Les pressions haussières vont donc se maintenir, même si du fait de la politique monétaire, elles s’atténuent. C’est ce qui explique en réalité que l’économie russe puisse survivre à des taux réels qui auraient provoqué une récession violente dans toute autre économie.

La stabilisation de la production automobile interne, en dépit d’une forte concurrence des producteurs chinois, traduit aussi le maintien de la consommation à un niveau relativement élevé, même si son rythme de croissance a ralenti depuis plus d’un an.

Conclusion

La situation économique de la Russie au 1er trimestre de l’année 2026 montre bien les problèmes engendrés par une politique monétaire excessivement rigoureuse, problèmes qui ont été aggravés par des conditions climatiques exceptionnelles pour les deux premiers mois. Le rebond de la production industrielle au mois de mars indique cependant que le potentiel d’une forte reprise de la croissance existe bien. Mais, cette reprise se heurtera au problème de la main d’œuvre, un problème dont les autorités et les entreprises sont conscientes ainsi que le montrent l’existence de bureau de recrutement de travailleurs en Chine, en Inde et au Vietnam.

Les effets de la 3e « guerre du Golfe » et du blocage du Détroit d’Hormuz étaient encore trop récents pour avoir un impact macroéconomique. Néanmoins, ils devraient entraîner une hausse des recettes fiscales et surtout une hausse des profits dans l’ensemble de la filière Pétrole-Gaz-Chimie. Même le secteur des métaux (aluminium) devrait ressentir ces effets. Si ces effets durent, ce qui semble devoir être le cas, et s’étendent sur une partie de 2027, l’impact sur l’investissement devrait être favorable, compensant les effets négatifs de taux trop élevés. C’est pourquoi l’équipe du CEMI propose de relever la prévision de croissance du PIB pour 2026 de 1,0% (1,1% pour le FMI) à 1,3%-1,5%.


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