Le défi sécuritaire est un défi républicain
Intervention de Jean-Yves Autexier, vice-président de la Fondation Res Publica, ancien parlementaire et conseiller auprès de Jean-Pierre Chevènement au ministère de l’Intérieur (1997-2000), lors du colloque "Enjeux sécuritaires, un défi républicain" du mardi 6 mai 2025.
Assurément, le défi sécuritaire est un défi républicain. Il est utile de rappeler l’irruption de cette question dans le débat public quand, en 1997, à la faveur d’une dissolution manquée, la gauche, allant des communistes aux écologistes, en passant par l’infinie diversité des courants socialistes, est amenée à exercer les responsabilités du pouvoir. Cette majorité nouvelle n’a pas encore démêlé les fils contradictoires qui la tiennent entravée et peu préparée à affronter les réalités d’une société gagnée par la violence. Elle est encore victime de trois manichéismes, auxquels quelques-uns tentent d’échapper, mais qui éclairent encore aujourd’hui les postures politiques. Je voudrais simplement évoquer les traits dominants des défis d’alors, ceux qui demeurent aujourd’hui, même si, à l’évidence, la criminalité et la délinquance ne sont plus les mêmes. Nous n’avions pas à faire face à des actions armées contre les prisons et les personnels pénitentiaires, au narcobanditisme organisé, à l’attaque des commissariats au mortier…
Le premier de ces manichéismes concerne une opposition factice entre la question sociale et la délinquance. Pour la gauche paresseuse restée au XIXème siècle, la source de la délinquance réside dans la pauvreté. C’est la permanence de l’esprit Jean Valjean : s’il vole les chandeliers à l’évêque de Digne, c’est qu’il a faim. Pour la droite mécaniste, à l’inverse, la cause de la délinquance tient à l’insuffisance de la sanction. Premier nœud à dénouer.
La seconde fausse opposition à surmonter distingue la prévention et la répression. Pour la gauche, la prévention est le remède à la dérive des jeunes vers la délinquance. Pour la droite, c’est plutôt le renforcement de la répression et la fin de l’impunité. On le comprend, ce manichéisme se retrouve souvent au sommet de l’État, entre le Garde des Sceaux ou le ministère des Affaires sociales et le ministre de l’Intérieur. Tant que règne cet état d’esprit, l’État est impuissant.
Enfin, le troisième dilemme oppose la police à la justice. « La police les arrête, la justice les relâche » disent les uns. « Les policiers nous amènent des suspects sans preuve, sans dossier correct », répondent les magistrats. Et cet antagonisme monte aux extrêmes avec les slogans « la police tue » ou « les juges laxistes ». La chaîne police-justice est alors en panne.
Une politique républicaine doit donc s’attacher à dénouer ces écheveaux si elle veut retrouver l’efficacité d’une action publique.
A – Le déterminisme social estime que la délinquance est la conséquence de la pauvreté. C’est une fausse évidence. Bien sûr, il y a plus de gens modestes chez les délinquants, mais l’immense majorité des gens modestes ne versent pas dans la délinquance. À l’inverse il ne manque pas de gens riches qui y cèdent. Comme le rappelait Jean-Pierre Chevènement lors du colloque de Villepinte en 1998 qui devait marquer un tournant net dans le rapport de la gauche avec la sécurité, « on peut être pauvre et honnête, et même riche et malhonnête ». C’est poser la question de la responsabilité personnelle, qu’un Républicain ne saurait effacer par quelque « circonstance absolutoire ». C’est évidemment aussi le reflet d’une certaine conception de la liberté humaine. Il fallait donc à l’époque briser ce verrou. C’est d’ailleurs toujours un enjeu actuellement. L’esprit républicain n’ignore pas la force des clivages sociaux, mais il cherche à les surplomber par la recherche de l’intérêt public. Il s’agit de dénouer le réflexe pavlovien d’une certaine gauche, qui l’entrave dans son action pour la sûreté des citoyens.
Car, on le sait, ce sont les couches modestes de la population qui souffrent le plus de la délinquance quotidienne. Quand on vit dans un quartier difficile, on peut le quitter si on a les moyens de louer ou d’acheter ailleurs. Mais quand on est dans un logement social, et qu’on doit attendre dix ans pour en changer, on est assigné à résidence. Il suffit de voir les conditions de vie des habitants de cités populaires gangrenées par le trafic de drogue. Quand on fait brûler des voitures, c’est plutôt le propriétaire de la Clio, indispensable pour aller au travail, qui est concerné, plutôt que le propriétaire de la Mercedes, bien à l’abri dans son garage. Une politique de sûreté bénéficie d’abord aux populations modestes, il ne faut pas l’oublier.
Écarter cette « circonstance absolutoire » est tout aussi nécessaire quand on évoque la place de la population issue de l’immigration dans la délinquance. Là encore, il s’agit de raisonner juste. Oui, les immigrés ou leurs descendants occupent une place importante dans la délinquance ; non, le fait d’être issu de l’immigration ne mène pas automatiquement à prendre ce mauvais chemin. La place du libre-arbitre, de la liberté personnelle, ne peut pas être niée. À Athènes, à Jérusalem, comme à Rome, on l’a affirmé avec force. Nous sommes héritiers de cette pensée humaniste. Et la République est fondée sur la citoyenneté : un citoyen est un homme libre de ses choix, éclairés par le débat public fondé en raison. Sortir de ce manichéisme, de ce déterminisme sommaire est absolument lié à la conception de la citoyenneté. C’est de plus indispensable pour mener une politique de sécurité efficace. Pour l’avoir parfois oublié, les esprits angéliques qui n’envisagent qu’un « sentiment d’insécurité » délié des réalités concrètes ont conduit à l’échec.
B – Le second antagonisme factice qui empoisonne encore le débat, c’est l’opposition entre prévention et répression. On retrouve là bien sûr les penchants habituels de la pensée simpliste. Pour les uns, l’homme étant naturellement bon, la prévention l’écartera du chemin de la délinquance. Pour les autres, l’homme étant naturellement mauvais, à rien ne sert de prévenir, il faut punir. Ces clichés sont vieux comme le monde. À croire que personne n’a lu Pascal : « ni ange, ni bête, mais qui veut faire l’ange fait la bête ». C’est pourtant une excellente feuille de route pour des Républicains. Car la prévention est nécessaire et lorsqu’elle est bien conduite, de manière globale, obtient des résultats ; la seule difficulté étant qu’on ne peut guère comptabiliser les sorties de route évitées. C’est la même difficulté que pour évaluer la politique de la ville au sens large : on voit ses échecs et ses insuffisances, on voit moins les drames, les tensions, les difficultés qu’elle a écartées. Mais la prévention peut aussi être mal conduite, c’est-à-dire encourager les jeunes fragiles dans leur marginalisation, chercher à excuser le recours à la violence, rejeter l’optique d’une construction de la citoyenneté. C’est peu de dire que la Protection judiciaire de la jeunesse a souvent manqué de vue d’ensemble de sa mission, ce qui d’ailleurs relève non de ses acteurs mais de l’autorité politique qui doit fixer le cap. Dans une note au Premier Ministre, Jean-Pierre Chevènement, dès 1998, à propos de ce qu’il nommait « dérive communautariste », « constitution de quartiers ghettos » invitait à changer de cap. Je rappelle brièvement le climat d’alors : SOS Racisme mène des actions de testing à l’entrée des boîtes de nuit pour dénoncer le racisme et protéger le droit des immigrés à l’accès en boite de nuit. La ministre des Affaires sociales approuve chaleureusement. À l’inverse, place Beauvau, analysant les difficultés d’accès à l’emploi pour ces mêmes jeunes, on crée des CODAC, commissions d’accès à la citoyenneté où dans chaque département, le préfet organise l’action publique : information et accès au recrutement dans les services publics, formation, etc. Dans sa note, le ministre de l’Intérieur appelle à s’écarter « d’une démarche charitable fondée sur une pratique d’assistanat », mais à « une action libératrice fondée sur des valeurs positives ». Il ne s’agit évidemment pas de nier les discriminations qui peuvent toucher les jeunes issus de l’immigration, mais il s’agit de mettre les moyens de l’État au service de la lutte contre les discriminations, et non d’alimenter le ruisseau des pleurs ou des déplorations. L’exemple en fut donné pour le recrutement des « adjoints de sécurité » dans la police nationale. En veillant à ce qu’il soit à l’image de la société, il préparait à donner à la police le visage de la France populaire, diverse et fraternelle, c’est-à-dire non-raciste. À l’inverse de ce qui prévaut dans certaines villes américaines où une police blanche affronte une population noire. C’était sans doute plus nécessaire que de protéger le « droit aux boîtes de nuit », même si c’était moins médiatique. La prévention ne peut pas vraiment être dissociée de l’apprentissage de la citoyenneté : ensemble indissociable de droits et de devoirs, garantie d’égalité des droits, et respect de la loi égale pour tous.
Et bien entendu, il ne peut y avoir de prévention efficace que si la sanction existe. La sanction et le risque de sanction font partie intégrante de la prévention. Opposer l’une à l’autre est sans avenir. On sait à quel point, spécialement dans la justice des mineurs, l’éloignement entre le délit et la sanction discrédite la démarche. Je n’évoquerai pas ici le débat sur l’éventuel retour des courtes peines. Mais on peut penser qu’une sanction simple mais sûre dissuade davantage qu’une peine lourde mais différée et assortie du sursis parce que les prisons sont pleines. Accabler les magistrats et les accuser de laxisme, c’est ignorer la situation actuelle des prisons : envoyer un primo-délinquant sous les verrous, c’est, pour un juge, prendre le risque de le faire entrer dans le cursus honorum des voyous. L’issue est dans la construction d’établissements voués vraiment à la réinsertion, à l’apprentissage d’un métier, ou à des établissements de courtes peines sans contact avec les vétérans de la délinquance. Ce débat est en tout cas révélateur de la persistance de l’antagonisme mal fondé entre prévention et répression, qu’une politique républicaine de sécurité doit assurément surmonter.
C – La coupure de la chaîne police – justice doit être réparée. Or, opposer l’une à l’autre est devenu un mode de fonctionnement déplorable. Le bras droit de l’État veut ignorer ce que fait son bras gauche. À ce dysfonctionnement, chacun contribue. Les juges, qui parfois, se prévalant de leur indispensable indépendance, tiennent les policiers pour des exécutants à leur service. Les policiers qui, se prévalant des risques qu’ils prennent sur le terrain, considèrent les magistrats comme des fonctionnaires dans leur bulle. Vieux débat là encore, qui poursuit peut-être l’antagonisme d’hier entre noblesse de robe et noblesse d’épée, ou plutôt celui qui sépare le contremaître et l’ouvrier. Heureusement il y a de part et d’autre des hommes et des femmes capables de s’extraire de ces anciennes ornières. La stricte indépendance des magistrats du siège ne s’oppose pas à une solide coopération Justice – Police pour combattre la délinquance et le crime. En tout cas, c’est le rôle des ministres républicains que de le rappeler et de ne pas alimenter les polémiques permanentes entre juges et policiers, que ce soit sur le terrain, ou entre la place Vendôme et la place Beauvau. L’indépendance des parquets que beaucoup réclament irait à l’encontre de cette nécessité, en empêchant qu’une même politique pénale unisse les acteurs de la sécurité, et en atomisant l’action publique selon les juridictions. J’ai aussi le souvenir de la ténacité opposée par la ministre de la Justice à une réforme de la justice des mineurs. Comme si rien n’avait changé depuis 1945, comme si l’explosion de la délinquance juvénile ne rebattait pas les cartes. Quand le besoin de « centres éducatifs fermés » s’imposait, certains n’entendaient que le mot « éducatif », et en oubliant le mot « fermé » revenaient aux faiblesses initiales de la PJJ. Certes, le colloque de Villepinte avait fixé un cap, mais l’immobilisme est une force : rien ne l’arrête, pour paraphraser Edgar Faure ! Et le talent mis par les ministères de la Justice ou des Affaires sociales pour que rien ne change fut admirable.
Le conservatisme n’épargnait pas d’ailleurs la place Beauvau, quand il s’est agi de mettre en place la police de proximité. Car il ne s’agissait pas alors d’exprimer un slogan ou un vœu, mais de réorganiser la police nationale. Elle était jusqu’alors principalement dédiée à organiser la sécurité de l’État, plus qu’à assurer la sûreté des citoyens, pourtant inscrite à l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Une réorganisation de cette ampleur a nécessité études, concertations, préparation, puis phase de tests. Elle posait mille problèmes d’effectifs, d’horaires, de locaux… Et si les élus locaux, sur le terrain, y étaient très favorables, les obstacles bureaucratiques étaient immenses. Mais la réforme était sortie après avoir surmonté toutes ces épreuves. On sait malheureusement comment le président Sarkozy y mit fin par la caricature en opposant à son principal artisan, le contrôleur général Havrin : « la police n’est pas là pour organiser des matchs de rugby ».
C’est dire que si l’action du ministre de l’Intérieur de 1997 à 2000 a marqué un tournant, certes, c’est au terme d’une confrontation politique sévère. Et cette confrontation n’est pas achevée. Ce qui manque toujours aujourd’hui, c’est la vue d’ensemble. Traiter tout à la fois de l’immigration clandestine, de la sûreté de nos concitoyens, de la montée de la violence et de la délinquance, de l’intégration des jeunes marginalisés, que ce soit dans nos banlieues ou dans le monde rural, de la laïcité, -aussi bien la liberté de culte que la liberté de conscience ou la distinction entre temporel et spirituel, tout cela exige une perspective incluante. Celle de la citoyenneté dans la République est irremplaçable. Donner du sens à l’immigration, la réguler et lutter contre les entrées illégales, favoriser l’intégration et soutenir celles et ceux qui visent plus haut, c’est-à-dire l’assimilation, demande une vision claire de l’avenir de la France. Celle de demain, plus diverse mais toujours républicaine et fraternelle. On est frappé, dans des évènements récents, de ce que la peur semble changer de camp : les policiers et les gendarmes sont pour certains comme une bande adverse, et il est logique de l’affronter, pour caillasser un commissariat ou récupérer une moto saisie. Pas étonnant, quand le sens de l’État et donc son respect s’effondrent, quand le sentiment d’appartenance à la nation est évanescent. Une politique efficace de sécurité a besoin d’un État conscient d’incarner la France républicaine, et sa tâche est lourde. Elle est aussi de plus en plus nécessaire, car de tristes miasmes de guerre civile à bas bruit commencent à se répandre. Que des tensions surgissent entre la France et l’Algérie, et la tentation vient d’épouser sans réserve les arguments de l’une ou de l’autre. Les réseaux sociaux amplifient les déchirures et deviennent champs de bataille rhétoriques. Ces fractures sont bien là. On ne les surmonte qu’en proposant un horizon de dépassement. Plus il y a de civisme dans une société, moins il est besoin d’uniformes. Moins il y a de civisme en revanche, et plus on appelle au secours policiers et gendarmes. C’est une autre façon de dire que le ministre de l’Intérieur ne peut pas être le père Fouettard d’une politique qui ne réussit pas. Bien sûr, la police et la gendarmerie sont toujours présentes. Le soir, quand tout est fermé, services publics et commerces, il n’y a plus que les commissariats et les brigades qui restent disponibles. Dans les régions rurales où les services publics ont déserté, la Poste a disparu, les perceptions ont fermé, la gendarmerie reste souvent le seul signe de l’existence de l’État. Mais une politique de sécurité, pour réussir, doit être à l’évidence globale, concerner le logement, l’urbanisme, la construction, les transports, et surtout elle doit être éclairée par l’idéal de citoyenneté commun à tous.
Pour avoir suivi de près, de 1997 à 2000, la méthode de travail de Jean-Pierre Chevènement, place Beauvau, j’ai compris qu’il y a un moyen de regagner la confiance des citoyens. C’est d’abord de traiter du réel avec un langage de vérité, d’appeler par exemple un rejet non greffé, un enfant non éduqué, un sauvageon ! C’est d’être combattif pour dénouer les contradictions fausses qui entravent l’action, en n’oubliant jamais qu’avec certains amis il n’est pas besoin d’ennemis. C’est surtout de donner du sens à l’action, en l’inscrivant sans cesse dans la cohérence du projet républicain.
Marie-Françoise Bechtel
Merci beaucoup.
Vous nous avez régalés d’un discours qui tenait à la fois les fondamentaux théoriques et civiques. En même temps, vous avez su descendre dans le concret pour expliciter d’abord les contradictions profondes qui traversent, qui ont traversé, qui traverseront encore la gauche et la droite dans ce pays – ou ce qu’il en reste – et la manière dont les dispositifs efficaces mis en place sous le ministre Jean-Pierre Chevènement ont vécu. Si nous ne pouvons pas les reproduire aujourd’hui, c’est parce qu’ils ont été détruits d’une manière systématique qui a fait beaucoup de mal à ce pays alors qu’ils auraient dû en accompagner l’évolution y compris en s’adaptant et en se réformant. Vous avez rappelé à quel point les contradictions du camp de la gauche en général dans ces années-là – qui n’ont pas tellement évolué depuis lors – ont empêché de poser justement la question d’une répression ciblée proportionnée et efficace. Vous avez fait allusion à la façon dont, il faut le dire, la droite dite républicaine sous Nicolas Sarkozy a totalement détruit le dispositif qui avait été mis en place. Et vous avez rappelé sur quelles bases pensées, réfléchies, argumentées, travaillées, reposait ce dispositif dont on voit à quel point il pourrait avoir une certaine efficacité aujourd’hui si on le projetait. Imaginons que la police de proximité ait continué, on arriverait à un ilotage de des quartiers dont vous nous parlerez peut-être, Monsieur le préfet, on serait peut-être arrivés à tenir le fil en matière de drogue, dans des villes comme Marseille mais aussi les bourgades moyennes auxquelles je me référais dans mon introduction.
J’ajoute une dernière considération : la RGPP (Révision générale des politiques publiques), sous le même Nicolas Sarkozy, a fait aussi beaucoup de mal parce qu’elle a conduit à une politique du chiffre, y compris en restreignant les emplois. Je soulignerai simplement que plus notre démocratie est habitée par des libertés, voire des privautés que prennent les individus et les groupes, plus elle réclame des formes de contrôle. Sans même se référer à la question climatique et écologique dont les contrôles en ce moment agitent une partie des débats publics, nous avons parlé de la drogue ; nous avons parlé de la jeunesse ; nous avons parlé des contrôles à l’intérieur des lycées ; nous aurions pu parler aussi des contrôles à bord des transports en commun, à l’hôpital ou, bien entendu dans les quartiers. La démocratie des droits et libertés fractionnés n’a-t-elle pas pour répondant nécessaire une démocratie du contrôle accru, y compris d’ailleurs par les moyens technologiques (même si nous ne sommes pas en Chine) ? C’est un point sur lequel il faut méditer parce que si l’on veut éviter les contrôles technologiques peu recevables, y compris en droit, alors ce seront des contrôles par des moyens humains. Mais les moyens humains se recrutent au lieu de se restreindre. 10 000 emplois de policiers ont été supprimés sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy qui suivait celui de Jacques Chirac sous lequel Jean-Pierre Chevènement a déployé son dispositif. 10 000 emplois de policiers ont été plus ou moins rétablis par le président Hollande mais avec une formation au rabais et un recrutement un peu rapide.
Je ne veux pas revenir sur ces questions. Je remercie encore Jean-Yves d’avoir posé aussi fermement le cadre et me tourne maintenant vers le préfet Michel Aubouin.
Monsieur le préfet, vous nous avez beaucoup intéressés, grâce à notre directeur Joachim Le Floch-Imad qui nous a mis sous les yeux vos publications, avec notamment deux articles récents[1]. L’un, qui dit que le retour de la politique de la ville dans des quartiers prioritaires est un remède pire que le mal, fait suite à un autre article dans lequel vous critiquiez les échecs de la politique de la ville. Nous sommes là au cœur de ce qu’a justement analysé Jean-Yves comme le problème de l’intégration minimale. Dans un autre article, vous dites que la jeune génération est plus dangereuse et moins contrôlable qu’en 2005, vous référant, je suppose, aux émeutes urbaines de 2005. Sur le fond de cette destruction par explosions successives des quartiers et, sans doute, vous allez nous le dire, de la politique de la ville qui ont marqué depuis les grandes émeutes des années 1990 (Lyon, Vaulx-en-Velin) jusqu’aux années 2000 et au-delà, voulez-vous nous dire quel discours nous pourrions construire aujourd’hui autour de ces questions : politique de la ville, intégration, délinquance, jeunesse, immigration… Faites votre choix…
[1] Michel Aubouin, « Le retour de la politique de la ville dans les « quartiers prioritaires », un remède pire que le mal », Le Figaro, 3 février 2025.
Michel Aubouin, « La nouvelle génération est plus dangereuse et moins contrôlable qu’en 2005 », Le Figaro, 29 juin 2023.
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